unité mixte de recherche 7172
Théorie et histoire des arts
et des littératures de la modernité
XIXe – XXIe siècle

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Figures et figurations des terroristes : enjeux postcoloniaux

Colloque

Mis à jour le 26/01/2017

Organisation : Xavier Garnier, Catherine Brun, Elara Bertho

L’ère du terrorisme global dans laquelle nous sommes entrés a mis en scène de redoutables figures publiques dont le potentiel de fascination reste à interroger. Les T-shirts à l’effigie de Ben Laden se portaient très couramment en Afrique subsaharienne dans les années 2000, après les événements du 11 septembre, comme si la charge sulfureuse de ce personnage avait été aussitôt assimilée et neutralisée par le corps social. Cette nouvelle configuration des réseaux d’appartenances à l’échelle mondiale autour des actes terroristes n’est sans doute pas étrangère aux enjeux potscoloniaux du monde contemporain et à la façon dont les logiques impériales perturbent les identités et les jeux d’identifications. Nous proposons d’interroger dans ce colloque la pertinence de la dimension potscoloniale du terrorisme mondialisé.

Dans Les Bannières de la révolte, l’historien Benedict Anderson[[Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte. Anarchisme, littérature et imaginaire anticolonial. La naissance d’une autre mondialisation, Paris, La découverte, 2009 [Under three flags. Anarchism and Anticolonial Imagination, London, Verso, 2005].]] montre comment la résistance des colonisés à la fin du XIXe a pu faire corps avec l’anarchisme européen et ses modes opératoires. L’Agent secret [1906] de Joseph Conrad a souvent été lu à l’aune de la crise que traverse l’empire colonial britannique au tournant du siècle. La préface de Sartre aux Damnés de la terre de Frantz Fanon a durablement orienté une lecture de cet ouvrage, et en particulier les chapitres sur la violence, dans le sens d’une apologie du terrorisme. Enfin, on pourrait multiplier les exemples d’auteurs issus aussi bien de ce qu’Achille Mbembe appelle la postcolonie, que des anciennes puissances coloniales, posant directement la question du terrorisme dans leurs œuvres. Comment interroger la figure du terroriste dans l’histoire coloniale et postcoloniale ? Quels usages sont faits d’une telle figure ? Pour servir quels états d’urgence ? Comment traite-t-on cette menace absolue, potentiellement dissimulée sous les traits du colonisé ou du migrant, depuis les conquêtes coloniales jusqu’à nos jours ? Le fait-on de la même façon ici et là ?

Parce que la controverse, notamment juridique, sur la définition du terrorisme[[La définition proposée par l’assemblée générale de l’ONU peut servir de point de repère : « Actes criminels qui, à des fins politiques, sont conçus ou calculés pour provoquer la terreur dans le public […] ».]] reste ouverte, et que l’accusation de terrorisme est toujours réversible, la question des modalités de figuration du terroriste est importante. La lecture des textes littéraires est susceptible de nous aider à comprendre ces processus, qui semblent échapper aux définitions traditionnelles du personnage. Tout se passe comme si la « terreur » que provoquent les actes terroristes communiquait une énergie noire à ces figures, qui se réclament d’elle et y trouvent leur tension. Comment dire ces figures spectrales, nées d’un acte de terreur, qui hantent les textes et les imaginaires ? Comment les fictions peuvent- elles mettre en mots le devenir-terroriste d’un personnage ? Quels pouvoirs imageants sont conférés à ces figures de terroristes, dont les noms inquiètent autant qu’ils fascinent ? Quelle(s) voix leur prête-t-on ? Quelle énergie cette fascination mortifère met-elle en jeu ? Si, comme on le dit souvent, la radicalisation précède la conversion idéologique, la figure du terroriste n’est-elle pas un élément-clé de cette opération ?

Parce que le monde postcolonial est un champ de forces toujours instable, le corpus littéraire qui s’y rattache abonde en personnages radicaux, nourris de violence, dont la configuration textuelle n’est pas étrangère aux représentations médiatiques de la figure du terroriste. L’analyse par les littéraires des processus de figuration du terroriste est un enjeu politique important du monde contemporain, notamment pour éviter que ne prospèrent dans les médias de masse les instrumentalisations abusives.

Comité scientifique :

Catherine Coquio (Paris Diderot)

Dominique Combe (Ens Ulm)


Jane Hiddleston (Oxford University)

François Zabbal (Institut du Monde Arabe)

Avec le soutien de l’UMR THALIM et de l’Université Sorbonne nouvelle

Axes thématiques : Fiction et non-fiction // Fiction & non-Fiction, Transculturalités // Transculturalities, Politiques des littératures et des arts : enjeux et situations

Mots-clés : Littérature