Intervention : Marie-Paule Berranger
Éditeur : Honoré Champion éditeur
Nés à l’occasion d’une rencontre, d’une amitié, d’un tableau, d’une polémique ou d’une lecture, les quelques poèmes qui précèdent appartiennent au genre si décrié des poèmes de circonstance » écrit Cendrars dans la postface de 1919 au recueil des « 19 poèmes élastiques ». Quel sens donner au choix de cette étiquette péjorative? Distinguant, après Eluard, dans sa conférence de 1952 entre les circonstances qui » restent à jamais enfermées en elles-mêmes dans l’anecdote et l’épisode » et celles qui » portent l’événement à la hauteur de l’histoire et de la poésie « , la communication met en évidence par une lecture renouvelée du recueil un des sens possibles de cette « élasticité » revendiquée par Cendrars: chacun des poèmes écrits après le Manifeste de l’antitradition futuriste d’Apollinaire (publié à l’été 1913) se greffe sur un élément citationnel du manifeste et permet de lire les poèmes comme une réponse par les moyens propres au poète à un texte qui, aux yeux de Cendrars, compromet Apollinaire. Au-delà se pose la question du statut de ces textes allusifs: comment ces faits d’actualité quasi privés peuvent-ils engendrer, le temps passant, autre chose qu’un cryptogramme ? Dans quelle mesure les allusions extrêmement localisées qui font surgir les poèmes élastiques comme autant d’actes réflexes, concourent-ils à la création du « poème-événement » ? Comment l’anecdote permet-elle au poète d’atteindre « la pleine conscience de son temps » ?
Mis à jour le 04/05/2011