unité mixte de recherche 7172
Théorie et histoire des arts
et des littératures de la modernité
XIXe – XXIe siècle

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La langue française n’est pas la langue française

Auteur : Myriam Suchet , Samia Kassab

Le point d’impulsion de ce numéro nous a été offert par une formule d’Abdelkébir Khatibi : « la langue française n’est pas la langue française : elle est plus ou moins toutes les langues internes et externes qui la font et la défont1 ». C’est à partir de cet étoilement du de/dans d’une langue qui ne coïncide jamais avec elle/même (la barre oblique est de suture là où le tiret est d’union) que le dialogue s’est noué. Si ce dialogue est possible, ce n’est donc pas parce que nous aurions « la langue » française en partage (par héritage colonial), mais bien plutôt parce que nous acceptons la myriade de langues qui habitent chacun de nos idiomes. Ajoutons encore que si nous disons « nous », ce n’est pas par pure convention scientifique ni pour désigner une communauté linguistique supposément unifiée, mais par amitié. La première personne du pluriel nous permet en outre de poser le sujet collectif d’une énonciation sans laquelle nulle langue ne pourrait être dite « vivante »… Aucune langue, en effet, n’existerait sans la pratique quotidienne d’actes de discours qui sont autant de forces centrifuges et de lignes de fuite que l’académisme et les autres institutions (scolaires, politiques, etc.) s’efforcent de contenir dans des limites contrôlables2.

Mis à jour le 01/01/2014