unité mixte de recherche 7172
Théorie et histoire des arts
et des littératures de la modernité
XIXe – XXIe siècle

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Photographie absolue et mémoire virtuelle

Intervention : Arnaud Rykner

Éditeur : Peter Lang

Dans La Littérature à l’ère de la photographie (J. Chambon, 2001), Philippe Ortel a montré comment, de Hugo à Banville, de Du Camp à Freud, la chambre noire a servi non seulement de métaphore permettant de figurer le cerveau humain et le travail psychique, mais aussi de dispositif générateur de texte, à partir duquel s’entrecroisent et se mêlent dicible et visible en un mouvement qui n’est plus de déchiffrement du réel par le langage mais de réordonnancement du monde par l’image. Avec la « photographie absolue », véritable matrice de L’Amant mais peut-être, par contre-coup, de l’ensemble de son œuvre livresque et cinématographique, Marguerite Duras fait faire un bond étonnant à l’imaginaire créateur moderne. La mémoire ne s’y présente plus – comme chez Proust encore – comme l’inscription ténue, sur les murs de la chambre intérieure, des traces évanescentes du passé, mais comme la recomposition d’une image jamais advenue. Moins chambre d’écriture que « chambre de lecture » (Les Parleuses), elle ouvre la voie à une nouvelle modalité de la littérature et de la mémoire, aléatoire et virtuelle – qui, des systèmes informatiques aux dispositifs techniques de l’art contemporain, s’avère être au cœur des processus de connaissance et de création de notre temps.

Mots-clés : Photographie

Mis à jour le 16/03/2006