Auteur du chapitre : Catherine Douzou
Si l’on connaît bien les chansons contestatrices de Léo Ferré, on oublie souvent que ce créateur polymorphe a aussi composé des textes proches du genre de l’essai, dans lesquels il expose ses conceptions sur l’homme et la société. Ces écrits, d’une prose qui rejoint souvent la poésie et la chanson, restent pour cette raison un corpus difficilement isolable du reste de sa production. Néanmoins, l’effort philosophique s’y ressent de façon plus nette qu’ailleurs. Pour autant, leur auteur, qui fait alors l’épreuve d’une forme d’écriture discursive et rationnelle, ne cesse de s’y confronter à la langue et de constituer celle-ci en objet majeur de son propos. Ces écrits philosophiques mettent en évidence que la contestation politique de Ferré est indissociable d’une réflexion sur l’écriture elle-même, telle que la mettent en jeu, ou en conflit, ces textes éprouvants, hybrides, toujours à l’orée de territoires et de registres d’expression divers : l’écriture de la contestation n’y fait jamais l’économie d’une réflexion sur ses propres conditions d’existence. Dans ces textes, au nombre desquels je compte surtout L’Anarchie est une formulation politique du désespoir 1 , La Méthode 2 , Technique de l’exil 3 , mais aussi Basta 4 et Il n’y a plus rien 5 , Léo Ferré évoque très souvent son travail de création en mettant en scène sa propre figure de poète à l’oeuvre, confronté à ce que serait, à ses yeux, une écriture de la contestation.
Mis à jour le 30/09/2020