unité mixte de recherche 7172
Théorie et histoire des arts
et des littératures de la modernité
XIXe – XXIe siècle

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« Hugo et le jardin romantique : de la représentation mythologique à l’écriture symbolique »

Les mythologies du jardin de l'antiquité à la fin du XIXè siècle

Auteur du chapitre : Yvon Le Scanff

La sensibilité romantique à l’égard de la nature se présente d’abord comme un refus du système symbolique de la mythologie. Dans le Génie du christianisme, Chateaubriand, affirme que le panthéon antique, « loin d’embellir la nature, en détruit les véritables charmes » en la réduisant et en bannissant la vérité. La mythologie et « ses élégants fantômes » en est la cause. Elle a ôté à la création « sa gravité, sa grandeur et sa solitude ». Le christianisme a chassé tout cela : « le vrai Dieu, en rentrant dans ses œuvres, a donné son immensité à la nature ». Le jardin romantique est donc un jardin culturellement chrétien. Le rejet de la vision mythologique s’accompagne donc d’une sacralisation qui en serait la relève (morale et esthétique), si l’on en croit Madame de Staël : « La nature, que les anciens avoient peuplée d’êtres protecteurs qui habitoient les forêts et les fleuves, et présidoient à la nuit comme au jour; la nature est rentrée dans sa solitude, et l’effroi de l’homme s’en est accru ». Ce changement de paradigme, que marque l’avènement d’une représentation chrétienne en lieu et place d’une mythologie antique, se double d’une promotion du jardin romantique et d’une critique du jardin classique. Le jardin de la rue Plumet dans Les Misérables est l’emblème de cette vision hugolienne et romantique de la nature dans son rapport à l’homme. Ce jardin, où « Paphos (s’est) refait en Eden », est l’emblème romantique d’une métaphysique de la nature, d’une politique de la fraternité, d’une érotique de la pudeur.

Mis à jour le 01/01/2006