28 novembre 2025
de 14:00 à 16:00
Sorbonne, salle F007
17 rue de la Sorbonne 75005 Paris
Virginie Tellier et Carole Boidin : « Passage de langues ».
Virginie Tellier : « Voix kalmoukes dans le roman russophone des années 1920 : quels passages entre les langues ? »
Les deux romans d’expression russe Le Fils de Moudrechka d’Amour-Sanan (1925) et Le Don Paisible de Cholokhov (1928), racontent tous deux les années de guerre – guerre mondiale à partir de 1914, guerre civile à partir de 1917 – dans le sud de la Russie. L’un et l’autre mettent en scène des personnages kalmouks, l’une des ethnies présentes sur ce territoire multiethnique. Le premier roman est rédigé par un écrivain de langue maternelle kalmouke. Le second est rédigé par un écrivain de langue maternelle russe.
La communication explorera deux formes de passages entre les langues. Il s’agira d’abord d’analyser la langue prêtée aux Kalmouks dans les deux romans, ainsi que la place réservée à la langue kalmouke elle-même dans Le Fils de Moudrechka, considéré comme le premier roman écrit en russe par un auteur kalmouk. Je me demanderai également comment traduire en français cette friction entre les langues russe et kalmouke, propre à ce que je propose d’appeler « roman russophone ». Je présenterai les choix opérés par Antoine Vitez dans sa traduction du Don Paisible et je proposerai des pistes pour traduire Amour-Sanan, auteur qui, à ma connaissance, n’a encore jamais été traduit en français.
Carole Boidin : « Apulée vu d’Afrique du Nord, appropriations et expérimentations littéraires en contextes coloniaux et postcoloniaux. »
Cette intervention vise à présenter mon actuel chantier de recherches, qui essaie de déplacer une question ancienne, celle de « l’africanité » d’Apulée (auteur latin du IIe s., né dans l’actuelle Algérie), en l’abordant dans le contexte complexe de la zone maghrébine depuis l’ère des colonisations, et en me concentrant sur ses enjeux littéraires et socio-politiques.
Après avoir attiré l’attention des savants européens depuis la Renaissance, cette africitas d’Apulée est formulée dans des termes nouveaux, en français d’abord, dans le cadre de pratiques culturelles liées à la colonisation de l’Algérie, où Apulée est présenté comme « un Bédouin dans un congrès de classiques » (1883) ou un « Algérien d’autrefois » (1911), avant que son inscription dans une communauté nationale, ethnique ou linguistique n’enflamme les débats jusqu’à nos jours en Algérie, en Tunisie, au Maroc ainsi qu’en Libye.
Ces questions polémiques émergent alors, en français, en italien, en arabe, en langues amazighes, dans des contextes savants, littéraires ou politiques qui influent sur la réception des œuvres attribuées à l’auteur antique – en tout premier lieu, son Âne d’or.
Je présenterai quelques réflexions méthodologiques et théoriques à partir d’un corpus plurilingue, de genres et de supports multiples (éditions, traductions, commentaires et réécritures, dans la presse, dans le livre et sur internet), qui interroge les normes et canons culturels et vise à poser un regard nouveau sur une question récurrente posée aux études classiques : cette présence nord-africaine d’Apulée est-elle conditionnée par les dispositifs impériaux? Et plus largement, faut-il « décoloniser » les savoirs sur Apulée ?