Auteur : Xavier Garnier
Direction d'ouvrage : Rym Khene et Alice Laumier
Journal : Fables du trauma dans Itinéraires. Littérature, textes, cultures - 2022-3
Lorsque la violence se déchaîne sur un territoire, il n’est pas étonnant qu’une grande partie des habitants se calfeutrent, cherchent à se rendre invisibles en passant derrière le décor. C’est le cas du narrateur de Qui se souvient de la mer, le roman de Mohammed Dib paru en 1962 et qui apparaît comme un bilan d’expérience d’un long cauchemar qui aura duré huit ans. Sous une ville qui ressemble fortement à Alger, se déploie une ville souterraine qui jouxte la ville en guerre, en accueille toute la violence, mais semble configurée par d’autres règles narratives. Cette ville fabuleuse ne fonctionne pas simplement comme un refuge, elle est aussi un trou noir de grande intensité où les traumas individuels s’agglomèrent en trauma collectif qui configure une mystérieuse géographie urbaine. La parole des invisibles, explicitement mise en œuvre dans le roman de Mohammed Dib, fait tourner le récit en fable pour spatialiser la part de trauma qui est née à l’époque coloniale et continue de hanter l’expérience postcoloniale. La ville souterraine de Mohammed Dib est un « point de vie » sur le monde, à la fois inexpugnable et chargé d’énergie.
Axes thématiques : Espaces sensibles : approches poétiques, esthétiques, critiques
Programmes de recherche : IUF (2020-2025): Cartographie écopoétique des littératures africaines
Mots-clés : Études postcoloniales