joint research unit 7172
Theory and history of the arts
and literature of modernity
19th–21st century

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De la nature de la nature morte: l’objet et la chose

Auteur : Yvon Le Scanff

Journal : Revue d'histoire littéraire de la France

On pourrait définir l’herméneutique de la nature morte littéraire comme la découverte de la chose (ce qui se tient tout seul, sans moi, Selbstand) dans l’objet (ce qui se tient devant moi, pour mon service, Gegenstand) et la révélation de sa nature profonde, de son autonomie souveraine, de sa vitalité essentielle, indépendamment des règles que définit la raison instrumentale en termes d’utilité, de rapports de dépendance et de liens de circonstances. La nature morte peut prendre des chemins sensiblement différents pour consacrer le sacrifice de l’objet comme pour témoigner de l’épiphanie de la chose. On sacrifie l’objet pour faire advenir la chose par la dépense matérialiste, la description naturaliste, le chaos par le quantitatif. C’est la tentation réaliste du trop-plein, paradoxalement et ostensiblement esthétisante où l’étal devient exposition. La tentation « poétique » (Proust) est symbolique : elle fait advenir la chose en la faisant advenir dans et par l’objet. C’est la qualité de l’objet (souvent singulier, isolé) qui prévaut. Ainsi le chaos de la matière d’un côté (un sacrifice), la genèse d’une figure de l’autre (une épiphanie).

Keywords : Aesthetics, Philosophy

Updated on 15/05/2018