Auteur : Solveig Serre
Journal : Revue de musicologie
Au XVIIIe siècle, l’Opéra de Paris est à tous points de vue le premier des théâtres français. Non seulement il jouit du privilège des représentations en musique dans la France entière, mais il incarne un style et symbolise la nation musicale dans son ensemble. Considérée sous l’angle politique et social, l’Académie royale de musique est un enjeu de pouvoir ainsi qu’une immense maison qui met en jeu des sommes considérables, emploie un personnel très nombreux et bénéficie de l’immense ferveur de la part du public parisien. Et cependant l’Opéra de Paris est un objet bien étrange : académie sans académiciens à proprement parler, son statut se rapproche davantage de celui des autres théâtres. Et le tableau qu’en dressent ses contemporains renvoie bien souvent l’image très négative d’une institution qui lutte en permanence pour surmonter des difficultés administratives structurelles et pour tenter d’équilibrer les recettes et les dépenses. Ce paradoxe de l’Opéra se retrouve dans la programmation de son répertoire, entendue à la fois comme l’organisation de l’année théâtrale et comme la manière dont les œuvres sont réparties au sein des différentes saisons lyriques. En effet, si puissante semble-t-elle, l’Académie royale de musique est soumise à un grand nombre de contraintes qui l’oblige à se conformer à des usages constants dans l’organisation des saisons lyriques et à penser une politique de programmation du répertoire capable de s’adapter selon les circonstances et les besoins. Dans ces conditions, la gestion de la programmation du répertoire nécessite une réflexion approfondie et une prise de risque calculée, qui rend la liberté artistique instable, fluctuante et étroitement dépendante de la personnalité des directeurs de l’Opéra.
Updated on 01/01/2008