joint research unit 7172
Theory and history of the arts
and literature of modernity
19th–21st century

Search the site

Search for an event, a lab member, a publication…

Pourquoi sans fin la fin du monde. La question de la nature ramuzienne

RAMUZ ET LA NATURE. PERCEPTIONS ET INTERDÉPENDANCES

Chapter author : Alain Romestaing

Publisher : Fabula-Colloques

Le monde ramuzien est hanté par sa fin, celle de toute chose et celle des êtres, celle des individus jetés hors d’eux-mêmes et hors d’une nature dont c’est en quelque sorte la définition, d’être opposée aux êtres humains. Terre du ciel le rappelle sans ambiguïté : la condition terrestre (quand la terre n’est pas dans le ciel), c’est la guerre. Une guerre que prétendent désormais gagner les êtres humains, car avec l’essor incoercible de la modernité industrielle et urbaine, « c’est l’homme qui menace la nature » (Paris (Notes d’un Vaudois)). Pourtant, les romans ramuziens racontent à l’envi que « c’est la nature qui menace l’homme » et dépeint des personnages qui se débattent contre elle, encore et toujours sous son emprise, malgré la modernité, semblables à ce titre au « vrai paysan » reconnaissable en ce qu’il dépend entièrement d’elle (Taille de l’homme). On est loin de « l’anthropocène » et encore plus loin de « la mort de la nature » qui hantent l’écopoétique aujourd’hui. Il n’empêche que le monde ramuzien semble sans cesse sur le point de cesser et que, tout comme dans le nôtre – inquiet des extinctions, des pollutions, du dérèglement climatique – le lien avec la nature y aussi évident que vacillant, angoissant, rongé par le silence et la menace.Les récits de Ramuz reviennent donc inlassablement à ce point abyssal de la « fin du monde », fin littérale ou existentielle, fin qui relance la question de la nature ; ils reviennent encore et encore sur cette nature comme pour tenter de mieux nous y relier, anticipant ainsi sur les récits d’aujourd’hui soucieux eux aussi de nous (re)mettre au monde, saisis qu’ils sont par l’urgence de s’accorder avec l’inaccordable, d’adapter le logos à une nature acculée au chaos et nous y acculant.

Updated on 01/01/2023