Organisation :
Fanny Lignon, Thibaut Casagrande
Le GLAM (Genre, Littérature, Arts, Médias) a vocation à accueillir des travaux proposant une approche genrée des médias, des arts et des littératures. Il convie à chaque séance de jeunes chercheurs ou des chercheurs confirmés, affiliés à THALIM ou extérieurs, à présenter le fruit de leurs recherches, qu’elles soient en cours ou achevées. Le format du séminaire (6 séances annuelles de 2h) se veut libre afin d’encourager discussions et débats avec un public composé de collègues, d’étudiants de master et de doctorants. La méthodologie des études de genre se conjugue avec des approches résolument variées, notamment littéraires, esthétiques, anthropologiques, historiques.
Axes thématiques :
Politiques des littératures et des arts : enjeux et situations
Mots-clés :
Littérature, Poésie, Cinéma, Études de genre, Photographie, Jeux vidéo, Arts et lettres, Arts du spectacle, Arts visuels, Opéra, Études sonores, Théâtre, Séries télévisées, Sciences de l'information et de la communication, Études sur la musique, Danse, Récits de voyages, Arts du livre
Séances passées
28 avril 2023
de 14:00 à 16:00
— 28 avril 2023
Université Sorbonne Nouvelle - Site Nation - Salle A101
8 avenue de Saint-Mandé, 75012 Paris
« Les féministes doivent-elles absolument éviter la cuisine ? » s’interroge Jean Zimmerman dans Made From Scratch : Reclaiming the Pleasures of the American Hearth, faisant allusion à sa propre crise existentielle, étant à la fois féministe et cuisinière familiale dévouée. Une question légitimement signalée, tenant compte de la conceptualisation récurrente de la cuisine dans la pensée féministe comme lieu d’oppression ou lieu associé à la division sexuée du travail. Les théorisations féministes de la deuxième vague ont notamment abordé l’enfermement et l’altérisation des femmes dans l’espace domestique qui provoquent leur marginalisation dans la vie publique. Mais récemment, des publications au sein des études alimentaires, quoique peu nombreuses, se sont mises à examiner l’espace-cuisine autrement : comme site du pouvoir, de l’expression et de l’héritage. Se situant à la croisée des études alimentaires et du féminisme postcolonial, notre présentation vise à démontrer la façon dont les autrices du corpus évoquent l’espace-cuisine pour mettre en lumière non seulement des matrices genrées du pouvoir, mais aussi des stratégies stylistiques de résistance. Qui peut manger quoi, qui sont invité.e.s à table, en quoi la nourriture est-elle outil de résistance en cas de dislocation identitaire — ne sont que quelques questions que nous allons prendre en considération dans notre analyse des romans sud-est asiatiques contemporains écrits par des femmes.
31 mars 2023
de 14:00 à 16:00
— 31 mars 2023
Université Sorbonne Nouvelle - Site Nation - Salle A101
8 avenue de Saint-Mandé, 75012 Paris
Ces dernières décennies, les études de genre touchent progressivement les études bibliques. Si les perspectives féministes sont maintenant bien diffusées outre-Atlantique aussi bien dans les communautés anglophones que francophones, le Québec étant ici particulièrement en pointe, l’adoption de perspectives queer est plus récente et réexamine le corpus biblique à nouveaux frais, aussi bien en ce qui concerne le contenu de la Bible que les méthodes d’exégèse et de traduction, et rencontrant d’autres types de résistance de la part des institutions religieuses.
Après un rapide récapitulatif des entreprises féministes (Women’s Bible, « Dieue »), je me propose d’aborder les points suivants, qui articuleront des perspectives théologiques, linguistiques et d’études de genre
– les destinataires de la Bible ont iels un sexe ? À qui s’adresse la Bible: à des communautés nomades de l’Orient Ancien ? À tous les hommes de tout temps ? Les femmes sont elles des hommes comme les autres ? En 2022, comment traduire la Bible pour toutes et tous ?
– la Bible est-elle homophobe ? Il s’agira ici de resituer les passages du Lévitique et de l’épitre aux Corinthiens souvent évoqués pour réprimer l’homosexualité dans les Églises dans le double contexte de leur rédaction et de leur réception, pour montrer que si la réception a donné une incidence toute particulière à quelques versets (qui, somme toute, ne sont pas plus volumineux que l’interdiction de faire de faux témoignages ou celle de mélanger les fibres dans les tissus), il importe également aux exégètes féministes et queer de se demander jusqu’à quel point il faut racheter ou excuser le corpus biblique, et de prendre à bras le corps la question de l’usage que nous faisons de ces passages bibliques.
10 mars 2023
de 14:00 à 16:00
— 10 mars 2023
Université Sorbonne Nouvelle - Site Nation - Salle A101 (Attention cette salle se trouve au sein de la bibliothèque universitaire, au premier étage, face à la banque d'accueil de cet étage)
8 avenue de Saint-Mandé, 75012 Paris
Voilà maintenant vingt ans que Chloé Delaume construit une œuvre plurielle et hybride, naviguant entre autofiction expérimentale, performances scéniques, chanson, scénario et essai. Si nous considérons que Mes bien chères sœurs (Éditions du Seuil, 2019) constitue le « tournant de la sororité » et de l’appel au collectif, il n’en reste pas moins que dès ses débuts, l’écriture autofictionnelle de Delaume est empreinte d’un féminisme revendicatif et ludique – en témoignent les échos qu’entretient son premier roman, Les Mouflettes d’Atropos (Léo Scheer, 2002), avec le Scum Manifesto de Valerie Solanas. Aussi, nous interrogerons l’œuvre delaumienne à l’aune de cet engagement, qui lie l’intime et le politique, en insistant sur deux aspects : l’écriture performative, d’une part, et la remise en cause des normes de l’hétéropatriarcat et du capitalisme, d’autre part. Nous montrerons que cette remise en cause ne peut passer que par la recherche de formes inédites et d’une écriture neuve. Nous questionnerons aussi l’horizon social et politique de la sororité, selon ce moment qu’il est convenu d’appeler la quatrième vague féministe.
3 février 2023
de 14:00 à 16:00
— 3 février 2023
Université Sorbonne Nouvelle - Site Nation - Salle A101
8 avenue de Saint-Mandé, 75012 Paris
Dès le Moyen-Âge, le nom des guerriers de Gengis-khan, rebaptisés « Tartares », a été associé en Occident à l’idée de la barbarie, de l’Enfer (Tartaros) et de l’Apocalypse. De même, les femmes qui ont contribué à la naissance de l’empire mongol ont été longtemps décrites comme des êtres perturbants, impossibles à distinguer des hommes de leur horde. Toutefois, des études conduites à partir du XXe siècle ont amené à une réévaluation de la portée historique de l’entreprise de Gengis-khan, précurseur de la modernité, et du rôle joué, dans cette aventure, par les femmes royales mongoles, qui possédaient beaucoup plus de pouvoir et de liberté que dans les autres cultures médiévales.
Notre recherche analyse la représentation des reines gengiskhanides dans la littérature et le cinéma américains et européens contemporains en langue anglaise, française et italienne, dans le but de comprendre si les nouvelles études conduites par les Mongolisants ont permis de découvrir sous un nouveau jour les mythes tartares féminins dans l’imaginaire occidental. En particulier, dans ce séminaire, nous mènerons – au moyen de quelques exemples théoriques et textuels – une réflexion sur la façon dont une approche genrée de la littérature et du cinéma aide à comprendre la métamorphose de l’image des Tartares et son lien avec le changement du rôle de la femme en Occident suite aux revendications féminines et féministes.
2 décembre 2022
de 14:00 à 16:00
— 2 décembre 2022
Université Paris 3 - Site Nation - Salle C106
8 avenue de Saint-Mandé, 75012 Paris
Dans l’histoire des intenses débats théoriques et politiques qui ont animé les féminismes français dits de la deuxième vague, l’année 1977 représente un moment charnière. Tandis que s’affrontent jusqu’à la querelle les deux tendances principales agissant collectivement au sein du MLF – à savoir un courant différentialiste mené par le groupe Psychanalyse et politique, et une veine matérialiste incarnée par des figures telles que Christine Delphy ou Monique Wittig – en 1977, comme le signale Audrey Lasserre, « l’écriture […] et le travail sur le langage sont devenus […] d’autant plus vues de l’étranger, le lieu du Mouvement des femmes lui-même […] de sorte qu’en 77 attaquer le féminisme dans son entier, ou en littérature, c’est attaquer le mouvement des femmes ».
C’est pourtant ce que n’hésite pas à faire Annie Le Brun qui, cette même année, plonge sa plume dans le vitriol pour publier, aux Éditions du Sagittaire, le pamphlet Lâchez tout. Celui-ci lui vaut immédiatement une notoriété de scandale et, jusqu’à aujourd’hui, en raison de distorsions dans la réception que cette communication entend signaler, une sulfureuse réputation d’antiféminisme. Faisant fi des injonctions à choisir son camp, Annie Le Brun dénonce en effet les errances théoriques d’une idéologie néoféministe monolithique et totalitaire, fomentée par des « staliniennes en jupon » n’hésitant pas à exploiter la misère des femmes par volonté de pouvoir et opportunisme, en particulier littéraire.
Pour situer plus finement dans ce moment de l’histoire féministe, au-delà des stratégies rhétoriques de la polémiste, l’« appel à la désertion » opposé par Annie Le Brun aux « meutes hurlantes » de la néoféminité, nous tâcherons de comprendre comment Annie Le Brun construit la catégorie « néoféministe » qui parait disqualifier sans discrimination l’ensemble du mouvement. Nous réfléchirons également à la manière dont l’écrivaine, refusant les maillages signifiants et le cadrage théorique des débats de l’époque, en déplace les enjeux politiques, éthiques et poétiques, pour imposer une conception inédite de la lutte des femmes, sous-tendue par une pensée originale de la bisexualité psychique, de la reprise individuelle et du « vide qui nous fonde ».
25 novembre 2022
de 14:00 à 16:00
— 25 novembre 2022
Université Sorbonne Nouvelle - Site Nation - Salle B222
8 avenue de Saint-Mandé, 75012 Paris
Plusieurs chercheur·se·s croient que les jeux vidéo offrent des moyens ludiques de réfléchir aux problèmes environnementaux et à leurs solutions. En effet, l’industrie du jeu de divertissement produit de plus en plus d’écofictions qui proposent aux joueur·se·s d’incarner des animaux, qui prennent place dans un monde postapocalyptique ou dont le récit s’articule autour de catastrophes naturelles. Il serait toutefois naïf de croire que tous ces jeux sont des vecteurs de changements sociaux et environnementaux. Plusieurs d’entre eux reconduisent le dualisme nature/culture tant décrié par les écoféministes ; se servent des catastrophes écologiques comme prétexte pour mettre de l’avant la masculinité militarisée ; masquent les causes anthropogéniques des changements climatiques – dont le capitalisme et le colonialisme – et mettent l’emphase sur l’implémentation de solutions technologiques plutôt que sur une réforme du système socioéconomique et des rapports de pouvoir qu’il implique. En s’appuyant sur une approche écoféministe – qui établit des liens entre la domination de l’homme blanc sur les femmes et les personnes racisées et sa domination sur la nature – cette présentation identifiera différents éléments textuels et procéduraux qui augmentent et diminuent le potentiel des écofictions vidéoludiques à sensibiliser à l’urgence climatique et à convaincre de la nécessité d’un changement rapide de paradigme.