9 décembre 2024
de 17:00 à 19:00
— 9 décembre 2024
Université Sorbonne Nouvelle - Site Nation - Salle B312
8 avenue de Saint-Mandé, 75012 Paris
Depuis sa présence dans les textes hésiodiques, le terme grec ancien de genos, plus encore que le terme de genre, dont on a perdu l’étymologie antique, est un double opérateur de distinction. D’un côté, relevant d’une opération de différenciation, il découpe horizontalement des catégories dans le divers du monde, et signifie alors « une sorte de », mais aussi « une race ». De l’autre, désignant une continuité, il trace verticalement une lignée distincte, poursuivie à travers les corps et les générations : c’est le genos qui signifie « lignage ». Ainsi, avant même l’approche intersectionnelle qui en articule actuellement les divers sens, la notion de genos/genre engage un corps discriminé selon plusieurs paramètres.
C’est sur ce double sens de différenciation et de transmission que portent mes recherches.
Je commencerai par montrer, à partir de mon ouvrage L’Autre temps des femmes (Classiques Garnier, 2023) consacré à la construction de la différence menstruelle, comment la cyclicité biologique des corps féminins a été conceptualisée à travers l’histoire, depuis le « genos gunaikon » des textes hésiodiques, et construite comme une temporalité particulière dans les textes médicaux, philosophiques et littéraires.
Je présenterai ensuite la nouvelle direction de mes recherches, qui concerne l’autre aspect du genos : la transmission verticale d’une « nature » d’être, que reflèterait la couleur de la peau. En analysant la façon dont la couleur des personnages est donnée à lire dans quelques romans contemporains, depuis The Bluest eye de Toni Morrison (1970) jusqu’au Voyant d’Etampes de Abel Quentin (2023), on s’interrogera sur la lecture de la couleur des êtres, à partir de différentes théories du roman (la « transparence intérieure » de Dorrit Cohn, le « partage du sensible » de Jacques Rancière) et différents motifs romanesques (attribution, reconnaissance, revendication). Croisant perception phénoménologique, nomination, et contexte politico-culturel, l’expérience romanesque permet de réfléchir aux pratiques d’identification dans la vie sociale.