Auteur : Jeanyves Guérin
Journal : Synergies Inde
Le journalisme a occupé une grande place dans l’activité et la carrière de Camus. Dans l’Alger républicain où il a fait ses débuts, Camus se fait polémiste, critique de la société et du système politique, dans le contexte de la montée du fascisme avant guerre et parfois dans la tradition dreyfusiste. A Combat, issu de la Résistance, il essaie de réaliser les nobles objectifs de vigilance et d’objectivité, dérivés de l’esprit de la lutte contre l’Occupant et ses collaborateurs. Il élabore la notion de journalisme critique, en s’efforçant de distinguer toujours opinion et information. Mais le temps du lyrisme de la Libération cède bientôt le pas au désenchantement des années de l’Après-guerre. C’est à L’Express que Camus, notamment au sujet de la Guerre d’Algérie, qui l’obsède, donne la pleine mesure de son oeuvre de chroniqueur journalistique, qui comporte aussi une part de proposition, à côté de l’analyse de la situation. L’écrivain arrivé apporte la caution de son prestige à un journal. Du journaliste professionnel de ses débuts, Camus est passé au résistant « militant », puis à l’écrivain engagé, sous la forme de l’éditorialiste de presse. Le Camus écrivain a conscience que les écrits journalistiques sont transitoires, s’adressant à des contemporains, et seulement à eux, tandis que l’écrivain destine ses oeuvres à la fois à ses contemporains et à la postérité.
Mis à jour le 01/01/2012