joint research unit 7172
Theory and history of the arts
and literature of modernity
19th–21st century

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Dans l’ombre de l’Histoire. Anis Kidwai et l’histoire féministe de la Partition de l’Inde

Auteur : Anne Castaing

Journal : Clio. Femmes, Genre, Histoire

En 1974, Anis Kidwai, jeune veuve de la bourgeoisie intellectuelle musulmane d’Inde du Nord devenue travailleuse sociale, publiait Azadi ki chaon me (« Dans l’ombre de la liberté »), autobiographie bouleversante rédigée plus de vingt ans plus tôt, dans le bruit et la fureur qui accompagnèrent en 1947 la Partition de l’Inde au moment de la décolonisation. Elle y raconte notamment le meurtre de son mari, alors administrateur local d’une petite ville des contreforts de l’Himalaya, puis son engagement auprès de Gandhi et des travailleurs sociaux investis dans l’accueil des centaines de milliers de réfugiés qui affluaient à Delhi, enfin et surtout sa participation aux vastes campagnes de récupération et réhabilitation des femmes kidnappées lors des violences qui accompagnèrent la Partition. Elle mit ainsi en évidence l’ampleur des violences genrées pendant la Partition, violences largement bannies des histoires nationales jusqu’aux années 1990-2000 où elles furent réinvesties par les historien.ne.s des Subaltern Studies. Cette autobiographie constitua à cet égard une source amplement mobilisée par des historien.ne.s soucieux d’explorer les « consciences subalternes », dont le récit de vie était de fait un véhicule privilégié. À cet égard, bien que très documentée, l’autobiographie de Kidwai constitue un choix peu anodin puisqu’il conjugue le témoignage et le « littéraire »,» , mobilise autant le mode du récit référentiel que celui de l’expérience historique et le registre de l’émotion. Restituant l’histoire comme l’historiographie des violences genrées pendant la Partition de l’Inde, cet article s’intéressera à cette autobiographie, sa redécouverte puis sa traduction dans les années 2000, comme témoin du changement radical de paradigme entrepris par les Subaltern Studies. Je montrerai comment, dans son contenu mais également dans sa forme atypique (appropriation du littéraire et valorisation de la subjectivité par la mobilisation du registre émotionnel), le texte d’Anis Kidwai parvient à rendre compte tant des violences genrées que de l’expérience du témoignage, et à tisser une histoire de la douleur et de la honte.

Updated on 01/07/2021